Approche systémique

Définition

Nouvelle discipline qui permet de déchiffrer la réalité complexe qui nous entoure, pour tenter de mieux la comprendre et, le cas échéant, d’agir sur elle avec plus de pertinence.

L’approche systémique représente à la fois un progrès de l’épistémologie (philosophie de la connaissance) et l’apparition d’une « boîte à outils » intellectuels mieux adaptés que les concepts de la logique cartésienne pour penser la « complexité organisée », celle des grands systèmes biologiques, économiques et sociaux dont l’entreprise est une illustration.

 

 

 

Finalités

·         Adapter les modes de pensée aux besoins du monde actuel et de ses contraintes

·         Permettre l’approche de problèmes reconnus comme trop complexes pour pouvoir être abordé de façon réductionniste

·         Caractériser les systèmes, ce qui consiste à préciser  :

Les frontières, les relations internes et externes, les structures, les lois émergentes

·         Mieux comprendre le fonctionnement socio-organisationnelle de l’entreprise

 

 

 

Domaine d'application

·         Tous domaines caractérisés comme complexes et nécessitant une approche et une méthodologie adaptées

 

 

 

 

Origines de l’analyse systémique

 

 

·         Le développement de la pensée occidentale depuis trois siècles découle en droite ligne d’une vieille tradition rationaliste que l’on peut faire remonter à Aristote et dont en France Descartes est le représentant le plus en vue. Il est convenu de considérer que cette pensée, dite rationaliste, peut servir de référence universelle puisqu’elle a donné à l’occident une supériorité incontestable dans les domaines du progrès technique et économique.

·         Or la montée générale de la complexité entraîne une augmentation considérable des interdépendances et des interactions entre sociétés et par conséquent de la complexité de notre système monde. Il s’est donc fait sentir le besoin d’une autre démarche, mieux adaptée à l’approche des situations et problèmes complexes : c’est l’approche systémique.

·         Cette approche s’est développée progressivement depuis 1940 à partir des Etats-Unis. En France deux ouvrages vont lui assurer une assez large vulgarisation : un rapport établi par le Club de Rome en 1972 et la parution de l’ouvrage de Joël de Rosnay, le Macroscope en 1975.

 

 

 


 

Concepts et principes de l’analyse systémique

 

Quelques définitions du « système »

-           Un ensemble d’unités en interrelations mutuelles (Von Bertalanffy )

-           Un ensemble d’éléments liés par un ensemble de relations (J. Lesourne)

-           Ensemble d’éléments en interactions dynamique, organisés en fonction d’un but (J. de Rosnay)

-           Objet complexe, formé de composants distincts reliés entre eux par un certain nombre de relations (J.Ladrière)

-           Unité globale organisée d’interrelations entre éléments, actions ou individus (E.Morin)

 

Quatres concepts fondamentaux de l’approche systémique

·         L’interaction

Il s’agit d’un concept fondamental et particulièrement riche. Contrairement en effet à ce qu’enseignait la science classique, la relation entre deux éléments n’est pas généralement une simple action causale d’un élément A sur élément B, elle comporte une double action de A sur B et de B sur A

L’interaction peut prendre des formes plus ou moins complexes depuis le simple choc mécanique de deux boules de billard jusqu’aux relations d’une grande variété et subtilité entre deux individus : maître et élève ou mari et femme.

Une forme particulière d’interaction est la rétroaction (ou feed-back) dont l’étude est au centre des travaux de la cybernétique.

 

·         La globalité

Un système est, nous l’avons vu, composé d’éléments. Mais cela ne veut pas dire qu’il est une somme d’éléments, comme le raisonnement cartésien nous inciterait à le croire. Von Bertalanffy a été le premier à montrer qu’un système est un tout non réductible à ses parties.

« Il est impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties »

 

·         L’organisation

Elle peut être considérée comme le concept central de la systémique. Cette organisation c’est d’abord un agencement de relations entre composants ou individus qui produit une nouvelle unité possédant des qualités que n’ont pas ses composants.

L’organisation c’est aussi un processus par lequel de la matière, de l’énergie et de l’information sont assemblés et mis en œuvre ou en forme.

Le terme « organisation » recouvre donc à la fois un état et un processus ou autrement dit un aspect structurel et un aspect fonctionnel.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

·         La complexité

La logique cartésienne nous avait appris à simplifier tous les phénomènes en éliminant l’inconnu, l’aléatoire ou l’incertain. Mais en fait la complexité est partout, dans tous les systèmes, et il est nécessaire de conserver cette complexité, quitte à admettre qu’on ne puisse en saisir et comprendre toute la richesse.

 

Caractéristique de l’approche systémique

L’approche systémique se définit beaucoup par opposition à l’approche rationaliste telle qu’exprimée par Descartes dans son Discours de la méthode en 1637. Selon lui les quatres préceptes fondamentaux pour conduire tout travail de recherche sont :

-           Ne jamais recevoir une chose pour vrai que je ne la connaisse  évidemment pour telle, c’est à dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention

-           Diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.

-           Conduire par ordre mes pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés…

-           Faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre

 

·         L’opposition entre les deux approches, rationaliste et systémique, est mise en évidence dans le tableau suivant qui est inspiré de J.L.Le Moigne :

 


 

Problématique des systèmes

 

Tout être vivant, tout mécanisme physique, tout organisme animal ou humain peut être considéré et étudié comme un système

Tous ces systèmes – de nature très différente – se trouvent confrontés aux mêmes problèmes :

-           Ils doivent maîtriser en permanence leurs rapports avec leur environnement

-           Ils doivent être structurés/organisés de manière efficace, en niveaux et en modules

-           Ils doivent conserver leur identité

-           Ils ont besoin de variété dans leur comportement

-           Ils doivent être capables de subir une certaine évolution

1.       Rapports avec l’environnement

Les interactions Système / Environnement constituent pour le système des entrées et des sorties. Ces entrées et sorties peuvent être de trois natures différentes : matière, énergie et informations.

 L’étude des problèmes des rapports avec l’environnement a vulgarisé un autre concept : celui d’interface ou de lieu d’échanges entre systèmes distinct.

 

2.       Organisation en modules et niveaux

Il existe deux modalités d’organisation :

-           L’organisation en sous-systèmes

Tout système complexe peut être décomposé, plus ou moins facilement, en sous-systèmes spécialisés.

-           L’organisation en niveaux hiérarchiques

On dira par exemple que dans une entreprise il y a 5 niveaux de décision, ce qui veut dire qu’une décision qui aura été prise au niveau de la direction générale devra franchir quatre échelons pour parvenir au niveau d’exécution de base.

 

3.       Conservation des systèmes

Un système doit assurer sa conservation, sa survie. Deux notions caractérisent ce problème :

-           L’état stationnaire

Le système vivant ne se maintient qu’à travers l’action et l’échange avec leur environnement. Il y a situation de stabilité dans un déséquilibre provenant des flux extérieurs (La flamme d’une bougie)

 

-           L’homéostasie

Elle caractérise le processus de régulation en œuvre dans les systèmes vivants. C’est un processus qui maintient constant l’état général de l’organisme et l’état de ses nombreux sous-systèmes composants.

 

4.       Besoin de variété

La variété d’un système est le nombre de configurations ou d’états que ce système peut revêtir. Cette variété provient de deux sources : le système lui-même, et l’environnement actif du système. La variété du système dépend elle-même à la fois du nombre d’éléments de ce système et du nombre d’interactions possibles entre ces éléments.

 

5.       Evolution des systèmes

L’objet structuré, donc apparemment stable, évolue irréversiblement dans le temps.

On parle souvent en ce qui concerne l’évolution de la notion de changement. L’évolution intervient lorsque certains seuils de variables ou de contraintes venant de l’environnement sont dépassés et que le système de régulation ne peut faire face à la situation nouvelle.

 


 

Les outils de la systémique

Le raisonnement analogique

Dans la vie courante, l’analogie joue un rôle considérable car, de tous les modes de raisonnement, c’est le plus facile, le plus spontané.

Chez l’enfant, c’est le premier mode de pensée, celui qui permet à l’intelligence de se développer progressivement.

Avec l’avènement de la pensée rationaliste l’analogie perd tout crédit.

Le raisonnement analogique à qui l’on conteste toute rigueur scientifique, présente l’immense avantage de stimuler l’imagination et la découverte.

Les techniques d’aide à la décision

L’homme d’action qui doit prendre une décision faisant intervenir des considérations nombreuses et variées dispose aujourd’hui de tout un arsenal de techniques et de méthodes.

La recherche opérationnelle, en particulier, peut être définie comme l’application des méthodes scientifiques d’analyse et des techniques de calcul à l’organisation des opérations humaines.

Les méthodes d’analyse contrairement aux nombreuses techniques de calcul bien au point, ont été beaucoup plus difficile à formaliser du fait de la complexité de l’environnement avec lequel le décideur doit compter, de l’interdépendance des décisions à prendre et de l’accélération des changements.

La recherche opérationnelle fournit des outils au décideur dans trois domaines :

-           Le combinatoire, lorsque le nombre de paramètres dont le décideur doit tenir compte est très élevé

-           L’aléatoire, lorsqu’une répartition au hasard d’évènements conduit à recourir aux probabilités ou aux moyennes

-           La concurrence lorsque le décideur doit tenir compte des décisions de partenaires ou d’adversaires aux attitudes plus ou moins imprévisibles

La représentation graphique

Parmi les outils de la systémique, il est nécessaire de citer la représentation graphique, bien que celles-ci soit encore souvent considérée – de même que le recours à l’analogie – comme une forme accessoire de représentation, utile tout au plus à illustrer et compléter un autre mode de représentation comme le texte.

-           Un langage destiné à l’œil

-           Les formes graphiques :

-          Les diagrammes : ils représentent les relations entre deux ou plusieurs ensembles

-          Les cartes : elles représentent un excellent moyen de repérage et un très bon support de mémorisation

-          Les réseaux : ils représentent les relations entre les éléments d’un ensemble (arbre généalogique, organigramme de société)

Le langage graphique fait partie intégrante de la modélisation systémique.

Bibliographie

 

 

·         L’acteur et le système - Michel CROZIER - Le Seuil

·         La théorie du système générale – J.L.LEMOIGNE – PUF

·         L’analyse modulaire des systèmes – J.MELESE – Les Editions d’Organisation

·         Approche systémique des organisations – J.MELESE – Les Editions d’Organisation

·         Le macroscope – J.de ROSNAY – Le Seuil